Mihai Eminescu

                                                                                                              

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                              Mihai-Eminescu-1887                                                                            
        

           MIHAI EMINESCU

                    (1850-1889)

                               Les épigones

 
Quand je cherche à l’âge d'or de vieilles écritures roumaines,
Je plonge dans une mer de rêves enivrants, doux et sereins
Et autour de moi s'étendent des milliers de frais printemps,
Je vois des nuits qui allument dans le ciel océans d'étoiles,
Des jours - trois soleils au front, vertes forêts, ailes diaphanes,
Fraîches sources de la pensée et claires rivières de chants.

 Je vois des poètes, le verbe doux comme un rayon de miel:
Cichindeal – le verbe doré, Mumulean – voix de chagrin,
Pralea – nature compliquée, Daniil - triste et petit,
Vacaresco - joli chant des amours et du printemps,
Cantemir - de verres, couteaux, prêt à en créer des plans.

Beldiman - par ses poèmes annonçant la guerre ennemie,
Sihleanu - lyre argentée, Donici - nid de sagesse qui
Sans trop méditer prend pour mieux faire chanter le verbe
Tantôt les très longues oreilles, tantôt les grands bois du cerf;
Où est son lourd bœuf paisible, où est son renard rusé?
Tous s'en allèrent, tout s’enfuit et ne reviendra jamais,
Même Pann, filleul de Pepelea, lui, rusé comme un proverbe.

Éliade taillait de rêves et de contes séculaires
Le Delta des Livres saintes et les prophéties amères,
Vérité baignée de mythes, sphinx - mystérieuse bête;
Montagne le front en pierre foudroyée par la tempête,
Enigme sous les yeux du monde à jamais non déchiffrée

Gardant un brillant rocher dans les nuages du pêché.
Bolliac chantait le serf et ses chaînes lourdes d'airain;
Cârlova sous les drapeaux l'armée du pays il l'appelle;

 Maintenant, du jeu des siècles on charme les ombres de pleurs,
Et comme Byron, éveillé sous le vent de la douleur,
Alexandresco éteint la lumière sainte de l'espoir,
Déchiffrant l'éternité dans la ruine d'un an.

      
«Sur un blanc lit - vrai linceul, gît le cygne qui se meurt,
Gît la jeune fille aux longs cils, la vierge à la voix d'or ;
Sa vie ne fut qu'un printemps, sa mort ne fut qu'un regret;
Le jeune poète dévasté, la regarde éperdument,
Les yeux pleins de larmes amères et la lyre noyée de chants»,
Commençait Bolintineanu sa troublante mélopée.

 
Muresan secoue la chaîne par sa voix grave, émoussée,
Brise les cordes en cuivre de sa main mortifiée,
Fait ressusciter la pierre et, comme le mythique poète,
Enlève la douleur aux monts, aux sapins prédit le sort,
Et riche dans sa pauvreté, comme un astre il s'endort,
Prêtre de notre réveil et, aux signes du temps – prophète.

Negruzzi ôte la poussière des chroniques anciennes
Car, sur les pages moisies il y a les règnes roumains
Écrits par la vieille main de ces sages séculiers;
Il trempe la plume dans l'air des jours du temps jadis,
Puis se met à repeindre la surface des toiles grises
Qui montraient la tyrannie des princes de la cruauté.

 Et ce prince de la poésie, toujours jeune, heureux, béni,
Qui joue des feuilles les doïnas, qui parle de la flûte et rit,
Qui raconte des contes de fées - bref, le gai Alecsandri,
Lui qui enfile des muguets sur un blond rayon d'étoile,
Il traverse les siècles comme une grande lumière pâle,

En riant à travers larmes quand il chante sa Dridri. (...)

………………………………………………………………

Et nous, nous, les épigones, natures froides, harpes écrasées,
Petites ombres, vieilles âmes aux cœurs tristes, aux grands péchés,
Masques souriants faits à cacher un ignoble caractère,
Notre Dieu n'est qu'une ombre, la patrie – une phrase de rien;
En nous tout n'est que faux lustre, édifice sans base, sans fin !
Vous croyiez en vos écrits, nous, on ne croit en rien!

C'est pourquoi vos dires étaient l’image même de la pureté
Dont la source était le cœur et le souffle - la pensée,
Grandes âmes toujours jeunes, bien que vous soyez si vieux !
Le carrosse du monde rebrousse chemin, l'avenir s'en va
Avec vous. Nous ne sommes que le passé, le cœur froid
Avec dans l'âme le désert, étrangers et malheureux.

Vous, perdus dans vos pensées, vous parliez d'idéal;
Nous souillons la mer de vagues, rapiéçons le ciel d'étoiles,
Car le nôtre est gris et froid, notre mer - désert de glace.
Sans détour vous suivez la clarté d’ la raison reine
Quand, tout en ouvrant vos ailes parmi les étoiles sereines,
Sur la voix de la lumière vous traversez les espaces.
............

                 Traducere: PAULA ROMANESCU

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